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Avant le film : documents rares !

Animage n°4 d’avril 1982 – Chapitre 6 – Edomurasaki (えどむらさき)

par Osamu Dezaki

Traduction originale : Grimamiffon
Adaptation et notes : Joe Gillian



Notes en préambule :

Suginami est l’un des 23 arrondissements spéciaux de Tôkyô, situé à l’ouest de Nakano, Shibuya et de Shinjuku. Asagaya et Zenpukuji sont deux des quartiers de Suginami (voir cartes en bas de cette page). Les studios de la TMS se situaient à priori à Asagaya, tandis que Annapuru, le studio fondé par Dezaki et Sugino en 1980, était lui à Zenpukuji. La gare de Nishiogikubo et le restaurant Edomurasaki étaient à un quart d’heure à pied d’Annapuru.



Cobra tombe amoureux... de Jane, de Dominique et de Catherine. Il a de l’amour pour ces 3 sœurs. Elles ne sont pas terriennes, ce sont des filles d’étoiles inconnues. Ce n’est pas seulement Cobra qui est attiré par elles, mais nous tous. Moi, à ma manière, j’aimerais bien leur envoyer une lettre d’amour avec un ballon.



Entre un scénarimage et le studio

Elle était à l’Aka-chochin [1] qui s’appelle « Edomurasaki », derrière la gare de Nishiogikubo. Elle n’était pas Jane, elle n’était sûrement pas terrienne non plus. A mon avis, elle devait être de la même famille d’étoiles que Milos. Seul moi le savais parce que son visage souriant était très beau et charmant comme des points de lumière sur une nébuleuse.

2 heures environ avant cela, je me suis dépêché de partir de ma maison avec un scénarimage. En tout cas j’étais déjà en retard pour mon RDV, alors j’ai mis mon pull collant sur mon pyjama, et au-dessus j’ai mis mon survêtement et mon parka en plus... j’étais bien couvert. Quand j’ai mis mes pieds dans mes sneakers, j’ai pensé à la neige qui était tombée il y a 2 ou 3 jours. C’est pourquoi, j’ai mis mon parka, sinon je ne me couvre jamais comme ça d’habitude. J’ai traîné pendant 15’28’’ exactement (le temps est passé vite) , et j’ai démarré ma voiture depuis le parking de graviers.

Le meeting a eu lieu à Asagaya au studio de Tokyo Movie. J’y ai vu M. TAKAHASHI Hirokata [3]. La dernière fois c’était il y a une semaine. Il m’a salué « Domo, domo » avec son accent d’Aizu. Je lui ai répondu « Domo, domo, domo » , avec un « Domo » de plus. Cela a adouci l’atmosphère tendue. Dans tous les cas si je vois quelqu’un de proche, je me sens plus nerveux. Le temps de saluer ces gens si gentils (ils m’ont attendu pendant 2 heures quand même) , notre meeting était déjà fini. Après, comme j’étais en pyjama, j’avais l’intention de rentrer chez moi où des papiers de scénarimage m’attendaient toujours. En plus il fallait écrire cet article. La date limite a déjà été prolongée d’une semaine à ma demande. Voilà, avec toutes ces conditions-là, c’était évident que je devais rentrer de suite.

Pourtant 17’26’’ après... si j’écris comme OYABU Haruhiko [2], ma voiture (1968cc, 135 chevaux au max, 5000 tours, DOHC18R-CEU moteur) est arrivée à Annapuru à Zenpukuji. Je voulais boire, oui, c’est vrai, mais en même temps je voulais vraiment écrire cet article. Peut-être que ces deux véritables désirs ont fait « Janken » dans non subconscient, et le résultat était « Pon ». Naturellement M. SUGINO Akio, M. TAKEUCHI Yoshio, M. Ooga Shunji, M. Ootsuka Shinji, M. Kôji MORIMOTO et M. TSUKADA étaient là en souriant... Ils m’ont attendu, je crois. Depuis « Annapuru » jusqu’à « Edomurasaki » il faut environ 15 minutes à pied. Tout le monde a fait semblant de croire mes paroles « Allons dîner légèrement ! » et nous sommes sortis malgré le froid...c’était 1h 25’ après que je sois sorti de chez moi, autrement dit 35 min avant ma rencontre avec une belle de l’espace.



Rencontre avec Jane

En fait, depuis beaucoup plus longtemps elle était près de moi... non, près de nous. Je me suis aperçu de cela plus tard – en termes plus précis « elles » étaient près de nous... En tout cas, en arrivant derrière la gare, ma température est montée d’un ou deux degrés et je me suis senti bizarre. J’ai eu le sentiment de voir un grand UFO dans le ciel. En essayant de ne pas regarder le ciel, je suis rentré dans le restaurant.

D’ordinaire, il y a beaucoup de clients là-bas parce que c’est un bistro très bon et pas cher. Mais ce jour-là, exceptionnellement il y en avait très peu. Nous avons pris une pièce ouverte à tatami. Nous avons commencé avec des hoyas vinaigrés (favoris de M. TAKEUCHI) . M. SUGINO a commandé des nabes. Notre table était bien remplie. Avec de la bière et du sake, tout le monde était raisonnablement ivre. Puis tout à coup je me suis focalisé sur des points de lumière en diagonale. Le silence total... même si je suis plongé au fond de la mer avec un sous-marin. Je n’ai plus entendu Godzilla-chan (le surnom de M.TAKEUCHI) et j’ai porté toute mon attention à ces points de lumière.

Sans aucun doute, il y avait un beau sourire au-delà de ces points de lumière et j’ai entendu une voix « Rin » - ça veut dire « Je suis venue de près de Milos. »



Jane et Dezaki


J’ai rougi en pensant à mon pyjama que je portais dessous. Mais je me suis dit, « Il ne faut pas laisser passer cette chance. » Sur les scénarimages, j’y apparais avec Cobra et j’ai des difficultés avec la jolie Jane qui a une grande influence sur toute l’histoire.

Je crois que ce n’est pas seulement moi... généralement l’homme a « une idée approximative de la femme » basée sur l’opinion courante, par son complexe, par son esprit enfantin et par quelques livres. C’est vraiment une « approximation» instable et elle change tous les jours. J’ai bien conscience de cela. Par exemple quand j’ai une déception amoureuse, je me dis : « Je n’ai plus la même idée sur la femme. » Puis si j’ai une nouvelle amoureuse : « Mon ancienne idée sur la femme ? Ce n’est plus pareil maintenant, je l’annule, alors oubliez-la. »... devant mes copains de lycée je fais le fou. Sur la terre, l’homme « présume » de la femme avec anxiété, impatience et rêve. On manque de compréhension. C’est étrange. Entre la femme et l’homme, il n’y a ni barbelés ni murs. En ville je vois souvent des couples d’amoureux qui marchent épaule contre épaule ou qui se partagent un gâteau.

Pourtant... à Tôkyô, non, au Japon, eh bien, je vais élargir jusqu’à toute la Terre, est-ce qu’il y a un seul homme qui a réussi à comprendre leurs véritables intentions, leurs buts et leurs raisons ? C’est pourquoi elles nous énervent si terriblement. Je suis sûr qu’il n’y a personne. J’en suis certain. Vous pouvez me considérer comme une conviction absolue en pyjama.

« J’ai bien compris la vérité sur la femme et je sais comment elle fonctionne. »...si un gentleman, un play-boy ou un étudiant me dit ça comme ça, je vais lui poser une question : « Est-ce que vous croyez vraiment qu’elle vous a dit la vérité ? » Avec cette question-là, ils perdent la confiance en eux tout de suite. « Elle doit vous dire quelque chose qui ressemble à la vérité. Elle utilise des mots qui ne sont pas vrais mais qui vous donnent l’impression que c’est la réalité. Quoi ? Elle a pleuré ? C’est le moyen le plus simple et efficace pour vous faire croire ce qu’elle veut. Comme l’homme utilise la force, c’est si facile pour elle d’utiliser sa simple cuisine, une friture de poisson à chair blanche avec de fausses larmes. Je ne finis pas encore, mais l’homme courbe le dos, baisse la tête et part au-delà du soleil couchant... c’est bien fait ! Bon, je vais me justifier un peu. J’ai écrit des choses dessus, mais ce ne sont pas mes véritables intentions. Je veux juste punir les hommes qui sont trop sûrs d’eux.



La terrienne... près et loin de nous

J’ai tendance à laisser « le mystère » tel quel et de je ne m’irrite pas facilement. Je rentre dans la catégorie des gens qui passent toute leur vie en racontant leurs rêves. Bref, concernant la femme, j’attends un heureux hasard ou un miracle. Je n’ai aucune intention de la comprendre, d’analyser ses faiblesses et de la contrôler. Par conséquent, cette situation spéciale à Edomurasaki est devenue 1000 secondes – en réalité ce n’était qu’une seconde. Je me suis dit : « Si elle est vraiment une belle de l’espace lointain, peut-être qu’elle pourra me dire la vérité et ses véritables intentions. Je vais lui poser des questions, c’est une mission en tant que metteur en scène... »

Alors je lui ai lancé une seule flèche « Confiez-moi vos véritables intentions, SVP. »

L’intérieur d’Edomurasaki était sombre. J’avais cependant l’impression d’être sous le feu des projecteurs avec elle. C’était probablement sa peau qui brillait. J’ai entendu une émission par câble dans la rue commerçante de Nishiogi Ichibangai qui diffusait... tiens, c’est la chanson « Tabi no Owari wa Omae » (A la fin de voyage, c’est toi) .

Elle a encore fait « RING », puis elle m’a dit : « Sur la terre, je m’appelle SHINODA Nobuko. » Je me suis vaguement dit « J’ai déjà entendu ce nom quelque part... ». Son ton était calme et clair. Avec sa voix, mon complexe a fondu comme la pub du médicament pour l’estomac. Sa voix était si généreuse et ample. « Mes véritables intentions vont s’oxyder et elles seront blanchies dès que je vous les expliquerai... alors je vais vous montrer concrètement quelques exemples. » C’est vrai, elle a raison. Avant de hurler, ce serait plus facile et plus pratique de connaître le phénomène basé sur des faits ou de comparer la différence de comportement entre l’homme et la femme.

« Par exemple, vous savez, on dit : « Quand on est amoureux, l’homme agit plus en homme et la femme agit plus en femme.» ». Sa douceur était la même que si elle s’adressait à un élève d’une école primaire. Cela m’a fait penser à moi quand j’étais au CP, au vent frais dans la cour avec un grand arbre de ginkgo dans mon école. « Pour la femme, la virilité est la seule force qui vient naturellement de l’homme. Quand on voit la virilité forcée générée par l’homme, la femme se refroidit. Pour nous c’est plutôt l’homme qui est efféminé. Le saviez-vous ? Par contre, la féminité de la femme crue par l’homme n’est que façade. Le voyez-vous ? »

Quoi ? Quelle surprise ! C’est à dire... « Le charme de la femme » n’était qu’un jeu interprété par elles ? « La féminité » me paraissait vraiment naturelle... mais c’était quoi, alors ? Et « la pureté » aussi ? « Evidemment. On apprend « la pureté » dans les cours de base très facilement... Fu. »
« Fu » est son sourire raffiné.

Puis tout à coup j’ai vu une autre lumière...il y a eu un joli sourire de quelqu’un qui n’était pas terrienne non plus. « Moi, je m’appelle sur Terre FUKUSHIMA Atsuko. » Hmmm, elle doit venir de l’étoile Keshigomu (gomme) . « Non, Je suis de l’étoile de Takatsuki, près d’Osaka. Mon étoile se trouve à 10 mille a.l. de l’étoile d’Asaka où TSUKADA-san vivait. Je parle en dialecte de la constellation de Kansai... Fu. »
Ce « Fu » aussi, il était joli.

« TSUKADA-chan, je crois qu’il vaut mieux parler de quelque chose à ce M.Pyjama... » Quelque chose ? « Oui, c’est un grand secret sur la Terre.. » Il paraît que les 2 belles de l’espace sont d’accord pour me le dire.

L’étoile de Takatsuki m’a dit d’abord : « Depuis toujours, il n’y a que des hommes sur la Terre. Toutes les femmes sont venues de plusieurs étoiles... Fu. » Puis L’étoile d’Asaka a continué : « Donc franchement, ce n’est pas la peine... entre le terrien et la femme de l’espace, il y a trop de différences au niveau de la sensibilité, de l’intelligence, de la capacité de jeu et de la clairvoyance. C’est inutile d’essayer de comprendre la femme... Fu. » J’étais dépité... mais en même temps je me suis senti soulagé parce que c’était comme je le croyais.

L’éclairage d’Edomurasaki est redevenu normal. Comme d’habitude notre repas léger s’est prolongé sans fin. Les deux femmes ont continué à interpréter leurs rôles devant les terriens... je les trouvais plus mignonnes qu’avant.

Comme à l’ordinaire, le temps passe vite et le téléphone sonne. Avec précipitation j’ouvre les tiroirs des excuses. Mais en tout cas il y a des « Fu » qui flottent quelque part dans ma pièce... tiens, là.



Osamu Dezaki - avril 1982



[1] Aka-chochin : cette sorte de taverne ou « restaurant à la lanterne rouge » tire son nom de la lanterne criarde suspendue à sa porte (attention, toutes les lanternes rouges n'indiquent pas l'entrée d'un restaurant !). Les menus y sont généralement inscrits sur des bandes de papier collées sur les murs ou écrits à la main sur un tableau noir. Ils sont presque exclusivement fréquentés par des japonais (source : http://www.nipponconnection.net/typresto.htm).

[2] Haruhiko OYABU : auteur de romans et de nouvelles, dont certaines œuvres seront adaptées au cinéma, notamment « La jeunesse de la bête » en 1963, par le réalisateur Seijun Suzuki.

[3] Responsable de la photographie sur le film de Cobra.

Carte de Tokyo Carte de Suginami
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